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Inspiration

LE STREET ART, UN ART INSPIRE? UN ART ASPIRE? 13 août 2016

Qu’était le Street Art il y a 20 ans ??

UN ART VOLE… 

sur un support détourné, au grand dam des titulaires officiels et reconnus de ces supports… Une expression fugace, une écriture à la dérobée, la manifestation d’une rébellion, d’une affirmation semi-anonyme, d’où les moyens utilisés : le trait gras et nerveux, jeté comme une esquisse, la bombe de couleur express, la signature bâclée ou absente et puis la fuite si le comparse guetteur n’avait pas détecté à temps la présence qui dérangeait…. 

D’où aussi le choix des supports, les plus inaccessibles souvent comme les ponts d’autoroutes pour assurer  lisibilité et pérennité à l’œuvre, les usines désaffectées pour la taille des murs et le secret du lieu, les murs des villes déjà mais dans les quartiers que l’on qualifiait « d’alternatifs »… qui disait tag pensait lieux en déshérence, lieux de tous les dangers, pratique nocturne…

UN ART ACCEPTE…

La nouvelle génération a su se faire tolérer, parfois adopter et même désirer… La société n’a plus le même regard. 

Le tag sauvage qui choquait est devenu Street art, mode d’expression plus libre.

Le taggeur signe et n’est plus forcément condamné à partir en courant… Il montre son œuvre dans la ville à qui veut bien s’y intéresser…

Et puisqu’il n’a plus besoin de partir en courant, son œuvre évolue, le simple graffiti devient pièce élaborée, belle manifestation d’une technique de dessin ou de peinture parfaitement maîtrisée, d’une sensibilité souvent fine, le taggeur n’est plus un grouillot-brouillon mais un peintre à part entière, bien souvent formé dans les écoles d’Art. Le tag n’est plus une interjection mais une prose savamment composée.

C’est ainsi qu’on retrouve sur les murs de Toronto des œuvres comme le détournement de la Joconde superbement dessiné, à l’image des détournements bien plus provocateurs des Ménines de Vélazquez (1656)  par Pablo Picasso et son compatriote Dali en 1957 et 1960..

C’est ainsi que nos grapheurs, qui ne sont plus seulement des taggeurs, prennent le temps de déposer sur nos murs leurs accumulations géantes à la manière des œuvres calligraphiques sur toile d’un Simon Hantaï.

C’est ainsi qu’ils enrichissent leur palette de jeux de couleurs dignes des Delaunay…

C’est ainsi aussi qu’au paroxysme de leur hyper-activité, ils enveloppent dans leur poésie des  bâtiments entiers…

UN NOUVEL ESTABLISHMENT ? 

Si le Maire de New-York lutte encore,  les opérateurs de Logements sociaux parisiens les ont reconnus et leur offrent des espaces pour donner  âme à certaines de leurs résidences,  les boutiquiers des vieilles-villes d’Europe leurs commandent la personnalisation de leurs volets roulants.  Aujourd’hui,  la sophistication de l’expression est telle que les grands groupes cèdent aussi à la tendance. 

Ainsi Cyril Phan, dit Kongo, qui s’est aussi illustré dans une exposition « à Ciel ouvert » pour l’OPHLM de Bagnolet en 2000, s’est-il également prêté dès 1993 à mettre en scène Paco Rabanne puis plus tard Lacoste, Renault Sport, Nissan, Airbus et même Hermès, par ses performances en live lors d’événements mais aussi en revisitant son Carré de soie. Street-art pour street-wear,  en cherchant bien, on trouve encore sur internet  les Artee-shirts en nombre limité, authentiquement graphés par lui.

C’est ainsi enfin que les nouveaux marchands d’art se les disputent, sous des formes peut-être en rupture avec les réseaux traditionnels mais mercantiles néanmoins. Le street-art est commandé sur toile pour enrichir les intérieurs… l’art de la rue, relayé par le marchand, a formé l’œil du collectionneur…

Les grapheurs se laisseront-ils récupérer par le système ?... oui, au grand bonheur de certains…  non, à cœur défendant pour d’autres comme Bansky, l’homme à la capuche, qui s’est appliqué à vendre lui-même ses œuvres à 60 dollars pièce sur le trottoir de New-York,  pour dénoncer la dérive spéculative dont il fait l’objet…

-MH-

Crédits photo: Marine Henry, Thérèse Macé,