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L'invité du 13

MICHEL ROUDILLON Objets industriels, vous avez donc une âme... 13 octobre 2015

De tout temps, l’homme s’est retrouvé en situation d’attraction/répulsion à l’égard de ses origines, de ses racines. Soit il rejette, soit il se noie dans ses souvenirs.

L’architecture, les meubles et les objets sont de ceux-ci.

Le XXè siècle est celui de l’Industrie et avec lui est apparu un nouvel environnement dont nous sommes aujourd’hui les enfants. Il est donc naturel que nous soyons attachés à rechercher ces souvenirs, ces ambiances, ces univers post-industriels.

Nous ne rejetons pas vraiment l’univers des générations qui nous ont précédé, nous recherchons simplement à nous ressourcer.

Alors, après les modes, celles de se meubler avec les anciens casiers de la poste, de récupérer quelques accessoires de l’univers industriel remis au goût du jour, ou s’installer dans des environnements reconditionnés « les lofts », que l’on a vu se multiplier il y a quelques années, nous allons maintenant chercher le bonheur de leur souvenir.

Peut-être que le monde politique, économique et social actuel en est la raison, quoi qu’il en soit, il est bien agréable et bien plaisant de s’entourer de ces objets qui ont bercé notre insouciance.

Le marché de l’art voit exploser le Street Art, d’agression visuelle de notre jeunesse, il en devient un souvenir tendre, une image agréable d’un passé qui n’est déjà plus.

Celui du design voit aujourd’hui exploser les meubles d’université inventés par Jean Prouvé ou Charlotte Perriand. De grands noms, soit, mais des créations industrielles, d’un usage pratique, dont l’usure et la patine nous replongent encore dans l’époque insouciante de notre vie d’étudiants.

L’industrie du deux roues voit ressurgir ces motocyclettes pétaradantes, pleines de chrome et celle de l’automobile s’inspire des modèles-phares des cinquante dernières années.

On s’entoure d’objets usagés mais qui ont prouvé leur efficacité et leur solidité. Et de toute façon, nous n’avons pas le choix, un beau mixeur de bistrot, une pendule de gare ou une suspension lumineuse d’usine, où les trouver ailleurs que sur le marché de l’occasion.

Et ce n’est pas toujours une question de prix, il n’y a qu’à voir combien se négocie une table lumineuse de Jean Prouvé !

Mais cela peut aussi être une philosophie, celle de recycler, de reconditionner, de ne plus consommer n’importe quoi et n’importe comment.

Mode, désir, plaisir, fatalité, que sais-je encore, l’esthétique industrielle est partout, elle nous entoure, elle nous rassure ou on la déteste mais ce n’est plus une mode, c’est un art de vivre qui est devenu mondial et qui inonde notre environnement, celui de notre temps…

Michel ROUDILLON

Propos recueillis par –MH-

 

Michel ROUDILLON

Expert en Arts Appliqués à l’Industrie et membre du SFEP, Syndicat Français des Experts Professionnels, Michel travaille auprès des maisons de ventes parisiennes.

Il intervient aussi largement en tant que Conseil en gestion de collection, principalement sur les affiches, dessins et estampes.

 

-MH-