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L'invité du 13

LE MAL D’ATTENDRE ? ELISABETH PELEGRIN-GENEL 13 mars 2014

On ne supporte pas d’attendre, ça rend hystérique…

On ne supporte plus d’attendre. Même avant de commencer l’attente est déjà presque trop longue… alors on nous prévient du temps qu’il va falloir attendre, avec les indicateurs chiffrés des arrêts de bus et des quais de métro. On va pouvoir faire autre chose en attendant…Laisser notre esprit vagabonder, s’extraire de l’attente parce qu’on est conscient du temps d’attente. Notre rapport au temps s’amplifie.

On ne supporte plus d’attendre, alors on acquiert de nouvelles manières d’écourter l’attente pour rester dans l'impression de ne pas perdre son temps : il va falloir survivre sans que son téléphone, sa tablette, son ordinateur portable ne cède à la rupture fatale d’énergie. Mais où est la prise ? Parce que sans cela, on est perdu. L’attente devient-elle alors une vraie perte de temps ?

On ne supporte plus d’attendre alors on a créé des machines qui défient les files d’attente, chacun va lui-même affranchir son courrier, s’enregistrer sur un vol, ou déposer un chèque à la banque. Néanmoins on doit se sentir accueilli, le bonjour de l’hôtesse reste indispensable et son aide est précieuse et réconfortante en cas de machine défectueuse ou d’esprit peu compatible aux nouvelles technologies.

On ne supportait déjà plus d’attendre dans les services administratifs. Là aucun repère de temps, seuls les chiffres indiquant votre numéro de passage, vous donnent un aperçu succinct du temps d’attente. Impossible de se concentrer sur autre chose que cette attente là car le petit bruit strident du passage des numéros vous appelle à lever la tête à chaque fois car on n’est pas dans l’attente collective d’un aéroport avec annonces audio. On n’attend plus, on guette son tour ! 

Par contre, on supporte mieux d’attendre pour voir une exposition, assister à un concert, un évènement important. Sans l’attente ceux-ci ne seront pas perçus comme qualitatifs. L’attente est gage de crédibilité, de reconnaissance et de culture.

Les grands leaders du: « tu attends parce qu’il y a déjà du monde, mais tu ne sais pas combien de temps tu vas attendre, mais tu attends quand même et tu ne vois pas le bout de la file parce que c’est bien fait et  que tu es distrait par autre chose et que tu crois toujours qu’au prochain virage tu seras arrivé » …et finalement tu as attendu presque une heure pour une attraction qui ne durera pas plus de quelques minutes. Là l’attente créé le succès !

Pourtant, l’attente est une chance pour se poser quelques instants, une parenthèse entre deux choses, sauf si l’attente est trop longue….

THM

 

Elisabeth Pelegrin COMMENT VIVRE AVEC ELISABETH PELEGRIN-GENEL ?

Architecte. Urbaniste. Psychologue du travail. Présidente d’Archinov

Elisabeth exerce ces métiers conjointement. Elle est architecte associée à l’agence Architecture Pélegrin avec son frère François, exerce en tant que consultante sur le travail, l’organisation et l’espace et est l’auteure d’essais sur l’espace et la ville.

Son sujet de prédilection: Comment vivre ensemble ? Que peut-on mettre en commun et mutualiser pour des modes de vie plus sobres et plus respectueux ? Traquer les innovations sociales qui s’appuient sur d’autres agencements de mètres carrés et qui induisent de nouveaux partages, notamment une véritable accessibilité à tous. Comment les rendre reproductibles ?

Ses derniers ouvrages sont disponibles aux éditions La Découverte:

-      Une autre ville sinon rien 2012

-      Des souris dans un labyrinthe 2010 et réédité en poche en 2012

 Et une série d'articles d'Elisabeth a été publiée sur le Huffington Post: la ville de demain se construira sur nos toitsPlantation sur les toits, futur de l'agriculture et de l'urbanisme?Un toit éphémère? Comment investir les friches urbainesPlusieurs générations sous le même toit ? De nouvelles communautés.

A lire sur le Blog d’Archinov : http://archinov.com/blog/blog/category/chroniques/

Crédits photo: THM, E.Beurdeley